0113 hôtel éphémère
Programme : Concours “Imaginez maintenant, les 4 jours de la jeune création”
Equipe : Camille Florent paysagiste DPLG, Benoit Deseille concepteur lumière, Pauline Desbats matiériste coloriste, Bing BET bois
Budget : 14 937 € H.T.
Situation : Bordeaux, France
Concours : Février 2010 – projet non retenu
Jardin des songes
Les yeux à mi-clots laissent entrevoir des transparences opalines où le corps flotte dans une atmosphère baignée de lumière. La nuit fût courte, une douce féerie de lueurs s’est éteinte avec le sommeil. Et le jour, le ciel et la course arquée du soleil…
Au coeur du jardin de la caserne Niel, la lumière filtrée par les arbres, le regard se laisse émerveiller par le décor qui l’entoure. Des formes rondes couvertes d’une peau translucide habitent le lieu. Ces cellules aériennes boivent la lumière du soleil, l’air fluvial est absorbé pour laisser dans les chambres un parfum de voyage, un étrange sentiment d’ailleurs; être profondément là, à Bordeaux sur la terre parmi les mortels et pourtant la magie des abris invite l’imaginaire à l’inconnu. ‘’Dans la libération de la terre, dans l’accueil du ciel, dans l’attente des divins, dans la conduite des mortels, l’habitation se révèle…Habiter, c’est séjourner parmi les choses…’’Martin Heidegger (extrait de essais et conférences/ Bâtir, Habiter, Penser) Le jardin des songes s’inspire d’univers poétiques et fantastiques où le temps de quelques nuits d’été l’enchantement enivre le ciel bordelais. Décollés du sol, laissant la nature prospérer, les bulles sont de véritables cocons d’intimité ; soit en lit double seul ou en binôme, soit en deux lits doubles pour les collectifs, l’ensemble accueillant vingt-six artistes. A ces chambres viennent s’ajouter deux douches avec eau chaude, deux toilettes sèches et un vaste dôme d’accueil avec baignoire norvégienne, barbecue, espace de détente et partage. La mise en scène de cette univers nocturne s’enjolive d’un décor poétique où peinture fluviale, enceinte bienveillante aux bois dressées, lumières enchanteresses jouent avec les chambres, les artistes et les étoiles. La magie du tableau insuffle l’esprit au jardin des songes.
Engagement
La magie du matin laisse à penser que la symbolique essentielle de cet hôtel éphémère réside moins dans le fait de sa conception naturelle que dans son fonctionnement. En effet cette aventure permet non seulement de révéler ce bout de nature au milieu du béton, mais aussi de le mettre en valeur par un projet qui saura la laisser intacte après son départ. Totalement hors sol, plus que l’image de notre génération, cet hôtel est d’avantage le reflet d’une volonté de fabriquer ensemble à l’apanage de ce chantier collaboratif et festif qui se déroule pendant dix jours. Cet hôtel repartira donc, sans laisser de traces, pour servir nous l’espérons les intérêts d’une autre communauté extraterritoriale éphémère et heureuse de cultiver son jardin.
Fresque fluviatile
L’intervention proposée sur l’enceinte murale existante de l’hôtel éphémère est une combinaison de savoir-faire traditionnel et de savoir-vivre actuel.D’une part, la matière première utilisée pour l’habillage pictural est un mélange d’argile prélevé sur les berges de la Garonne avoisinant le site, d’un badigeon de chaux italienne,de pigments terres et oxydes et d’huile de lin.L’éphémérité du décor repose alors sur le faible coût de la préparation du support. On parle ici de recouvrement partiel selon l’état structurel des murs.Afin de déterminer l’exacte proportion d’argile et de chaux pour réaliser une peinture de bonne qualité, facile à appliquer et réversible dans le temps. Nous effectuerons enamont l’extraction et le filtrage d’argiles et limons fluviaux, un test de résistance aux intempéries et un test d’accroche murale.
Nous aimerions trouver un juste équilibre entre la résistance et la durabilité de la peinture, celle-ci laisserait une trace du passage de l’hôtel éphémère sans pour autant durer dans le temps, elle se décomposerait et retournerait à la terre…
D’autre part, ce travail suggère une réflexion et une sensibilisation sur l’impact des graffitis et peintures conventionnelles ainsi que sur les enduits de ciment qui se décollent aujourd’hui, laissants ainsi voir les appareillages de chaux, pierres et moellons. Ces matières sont pour nous les témoins des différentes approchent de réalisations liées aux réalités économiques et aux choix des maîtres d’oeuvres des différentes époques. Par ailleurs, les formes organiques et géométriques des dessins préparatoires évoquent les travaux de Luc Schuiten dans sa projection architecturée la “Cité Végétale” et ceux de l’ingénieur, Richard Buckminster Fuller. Nous pensons aussi à Richard Long et ses “Mud circles”, ainsi qu’à toute la réflexion sur le recyclage et l’interaction saine avec l’environnement, établie par les artistes du Land Art et de l’Arte Povera. Nous privilégions aussi l’acte physique, la gestuelle, une structure à géométrie variable intuitive et improvisée, clin d’oeil à l’Action Painting.
Lumières
L’ambiance nocturne du campement s’inspire des univers fantastiques qui donnent à des éléments naturels une capacité à générer une lumière vivante, interactive avec l’activité humaine comme la manifestation d’une relation harmonieuse avec la nature. Trois principes lumineux sont développés :
- Des cocons lumineux greffés aux perches de la clôture qui produisent un léger halo doux et diffus. La lumière est générée par des pigments photo-luminescents incrustés dans la texture des cocons dont l’intensité lumineuse diminue au cours de la nuit avant de laisser place à l’aurore.
- Des luminaires autonomes s’inspirant de végétation basse installés le long du cheminement. Leurs tiges sont équipées de petits panneaux photovoltaïques destinés à capter la lumière du jour et la rediffuser la nuit dans des gouttes de lumières dont l’intensité augmente lorsqu’on s’en approche.
- L’éclairage intérieur des pods est assuré par une source lumineuse centrale qui laisse transparaitre depuis l’extérieur la structure géodésique de la construction et manifeste l’activité du campement en soirée.
Ces trois principes lumineux jouent de lumières diffuses ou scintillantes, de couleurs chaleureuses ou profondes, de respirations et d’interactions, ils donnent à la nuit du campement une atmosphère vivante, calme et sereine. A l’exception des lampes situées à l’intérieur des pods, l’ensemble des sources de lumières sont autonomes et en très basse tension. La réalisation fait appel au détournement et recyclage de produits industriels.
